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Un éditeur met en ligne un guide gratuit pour aider à… l’autoédition !

Un éditeur met en ligne un guide gratuit pour aider à… l’autoédition !

de Victor De Sepausy – 27.06.2019

« C’est assez sidérant pour que même une ressource de la sorte, en langue anglaise, soit soulignée. La filiale UK du groupe Penguin Random House, le plus gros éditeur international de littérature avec plus de 3 milliards € de chiffre d’affaires, vient de mettre en ligne un guide pour aider les auteurs… à s’autopublier.

Depuis près de deux semaines, l’outil est accessible à tous, et s’adresse aux écrivains confirmés, éditeurs, agents, auteurs débutants… bref, à tout le monde. C’est avec une ancienne journaliste du titre britannique The Bookseller que le site a été mis en ligne — et surtout rempli.

Voilà quelque temps, PRH avait lancé son opération de mentorat, WriteNow : le site Get Published ferait suite à cette campagne, pour mieux accompagner et démystifier le secteur.

Foire aux questions, conseils, renseignements et témoignages : il faut reconnaître que le site est bien construit, mais ne profitera peut-être pas à des auteurs indépendants confirmés. Les mises à jour interviendront à intervalles réguliers, garantit PRH. À retrouver ici.

Rien n’a été vraiment oublié, jusqu’à la petite vidéo qui évalue les plus et les moins de l’agent littéraire.

La gratuité de ces conseils se paiera, un jour ou l’autre. D’ailleurs, les ventes de livres numériques au Royaume-Uni ont permis d’endiguer un brin la baisse des revenus chez les éditeurs. Or, l’autopublication a beaucoup profité de l’ebook pour se développer. Après tout…»

Voir l’article ici : https://www.actualitte.com/article/monde-edition/un-editeur-met-en-ligne-un-guide-gratuit-pour-aider-a-l-autoedition/95537

Cours de français professionnel

Cours de français professionnel

« Bonjour à toutes et à tous !

Vous vous installez en France ? Vous devez parler français pour travailler ?

Alors ce cours est fait pour vous !

Jean-José et Selma vous accompagnent dans la découverte du français professionnel et du monde du travail.

Avec eux, vous allez, par exemple, apprendre à rechercher un emploi, postuler à une annonce, passer un entretien, intégrer une entreprise, travailler en équipe et échanger avec des collègues.

Vous allez aussi découvrir des métiers dans des secteurs qui recrutent : le bâtiment, l’hôtellerie, la restauration, l’informatique, la santé, les services à la personne et aux entreprises.

Nous vous proposons des vidéos et des activités interactives et à la fin de chaque grande séquence, vous pouvez vous évaluer.
Pré-requis

A partir du niveau A2 du CECRL (Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues).
Format

Le cours est ouvert à partir du 31 mars 2019.

Sur votre téléphone portable, votre tablette ou votre ordinateur, vous pouvez naviguer dans le cours librement et choisir de travailler en premier les séquences et les activités qui vous intéressent le plus.
Évaluation

Tous les trois mois, à partir du 31 mars 2019, la plateforme FUN édite des attestations de suivi avec succès.

Si à ce moment-là votre score aux exercices est supérieur à 50 %, vous pouvez télécharger une “attestation de suivi avec succès” (au format PDF) sur le tableau de bord apprenant : dashboard.

ATTENTION : L’attestation n’est pas un certificat de niveau linguistique.

Plan du cours
I. Je recherche un emploi

Je m’intègre dans l’entreprise

Je travaille en collaboration

Je participe à la vie sociale

Je gère des situations inhabituelles

Je fais un bilan et je développe mes compétences
II. Bâtiment
III. Hôtellerie, restauration
IV. Informatique
V. Santé
VI. Services aux personnes et aux entreprises »

Plus d’info ici : https://www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:dgef-interieur+134005+session01/about

Une histoire de la littérature de voyage

Une histoire de la littérature de voyage

France Culture, LSD la série documentaire, 03/06/19 :

« Lorsque que Claude Lévi-Strauss écrit en ouverture de son livre Tristes tropiques « Je hais les voyages et les explorateurs », il souhaite choquer, mais il souhaite aussi que l’on parle un peu plus des peuples, un peu moins des aventuriers.

On le lit,dans tous les récits de voyage, cette certitude de l’européen d’être supérieur parce que chrétien. C’est le christianisme qui gouverne le fait d’aller voir l’autre, qui suscite un regard curieux mais qui est une humanité qu’il faudra amener à un autre niveau de civilisation et qu’il faudra christianiser. Tout ça gouvernent le regard jusqu’à la fin de l’époque coloniale c’est-à-dire aux abords du XXe siècle. Marie-Hélène Fraïssé

Mais qui raconte ces peuples ? Qui raconte le monde ?

J’ai des livres sur les cartes, des vieilles cartes, ça me fait complètement rêver, parce qu’on voit des pays, des territoires apparaître avec beaucoup d’erreurs. J’aime beaucoup ces erreurs parce que les voyageurs vont vers un inconnu qui est mal cartographié. Ils croient trouver quelque chose et ils vont trouver autre chose. Marie-Hélène Fraïssé

Des salles d’archives où sont conservés les manuscrits des explorateurs aux librairies de voyage, en passant par la discothèque d’un passionné de 78 tours de sons du monde, nous embarquons pour une navigation sonore dans une histoire de la littérature de voyage.

Les archivistes comptent en mètre linéaire, donc on a à peu près 38 km d’archives à l’ANOM. Isabelle Dion

Avec

Thomas Henry, collectionneur de 78 tours Ceints de bakélite
Isabelle Dion, directrice des Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM)
Marie-Hélène Fraïssé, auteur, grand-reporter
Jean-Marc Durou, photographe et auteur
Tristan Savin, auteur, éditeur de la revue Long Cours
Emeric Fisset, auteur et fondateur des éditions Transboréal
Catherine Domain, fondatrice de la librairie Ulysse
Emmanuelle Fournier, voyageuse à moto

Une série documentaire de Arnaud Contreras, réalisée par Jean-Philippe Navarre, mixé par Alain Joubert
Bibliographie

L’Eldorado polaire de Martin Frobisher, Marie-Hélène Fraïssé (éd. Albin Michel)

L’Ivresse de la marche – Petit manifeste en faveur du voyage à pied, Emeric Fisset ( éd. Transboréal) »

À écouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/raconter-le-monde-14-une-histoire-de-la-litterature-de-voyage

La passion de l’auteur, ou pourquoi tout travail mérite 10 % (même si on l’aime)

La passion de l’auteur, ou pourquoi tout travail mérite 10 % (même si on l’aime)

« Naïma Murail Zimmermann est autrice d’une quarantaine d’ouvrages. Membre de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et de la Ligue des auteurs professionnels, elle livre ici un récit sans fard du quotidien d’auteur, de la réalité des pratiques de rémunération, et le revendique haut et fort : écrire est un métier. Et qui dit métier, dit également encadrements pour rééquilibrer des rapports de force profondément déséquilibrés.

Naïma Murail Zimmermann

J’ai récemment rencontré un auteur dont le texte d’album venait d’être accepté chez un éditeur bien connu. Assez vite, la discussion en vient à la rémunération qu’on lui propose (les conversations entre auteurs et autrices sont souvent plus prosaïques qu’on ne l’imagine).

Il m’apprend alors qu’il va avoir 2 % de droits sur le prix de vente HT de l’album.

2 %. Prenez un album et essayez de faire le calcul de ces 2 % en centimes. Déprimant, pas vrai ?

Peu de gens s’imaginent à quel point l’auteur touche peu sur les ventes de la plupart de ses ouvrages. Lorsqu’on révèle nos pourcentages aux lecteurs (voire aux libraires), c’est souvent la stupéfaction. En réalité, les « droits d’auteur » recouvrent des réalités très diverses d’un éditeur et d’un auteur à l’autre. Au cours de ces deux dernières années, on m’a proposé des pourcentages allant de 0,5 % à 10 %. Pourquoi ? Parce que les droits perçus par l’auteur ne sont pas encadrés juridiquement. Il n’y a aucun minimum légal.

Connaître les limites… en regardant ailleurs

Face à cette situation, les auteurs se retrouvent souvent isolés et très démunis. Si on ne travaille pas avec de nombreuses maisons d’édition, il est difficile de se faire une idée du pourcentage « juste ». De savoir que certains éditeurs proposent 10 % progressifs jusqu’à 14 % et que, même si les pourcentages ont tendance à reculer, c’était là le pourcentage moyen en littérature « adulte » il y a encore quelques années. Il est aussi difficile d’avoir une sécurité financière suffisante pour bloquer des semaines, voire des mois, en négociations.

Car bien sûr, on peut négocier. C’est en général long et éprouvant. Il faut parfois 6 ou 7 mois pour obtenir 1 % de plus. 6 mois pour gagner quelques centimes par exemplaire vendu et du coup, 6 mois durant lesquels on ne touche pas l’à-valoir sur un texte dont l’écriture a déjà pris plusieurs mois… On comprend aisément qu’un certain nombre d’auteurs décident de laisser tomber. Pas envie de se battre, pas envie de réclamer et de se justifier pour gagner des miettes hypothétiques. Sans parler des fois où la négociation aboutit à la non-publication.

L’auteur dont je parlais au début de cet article ? Il a demandé à ce que son pourcentage soit augmenté. Depuis, il n’a plus de nouvelles de son éditeur.

Cette situation est ignorée par une majorité de gens en dehors du circuit de l’édition. Et lorsqu’elle ne l’est pas, elle n’émeut pas beaucoup. Pourquoi ? Parce qu’auteur n’est pas perçu comme un « vrai » métier.

Il y a quelques années, j’ai retrouvé lors d’une soirée un groupe de connaissances perdues de vue depuis le lycée. Quand j’ai dit que j’étais romancière, l’une d’elles s’est extasiée sur la chance incroyable que j’avais.

Oui, ça marche, mais…

En effet, j’ai de la chance : j’adore mon métier. Néanmoins, il ne mérite pas l’envie qu’il suscite. Demandez à n’importe quel auteur, il vous parlera du peu qu’il gagne sur la vente de la plupart de ses livres. Certains d’entre nous (moi y compris) vendent des dizaines de milliers d’ouvrages tout en demeurant dans une situation précaire. On imagine l’auteur d’un livre qui « marche » riche, mais la fortune est très loin quand chaque exemplaire ne rapporte que 20 ou 30 centimes à son auteur.

Lorsque je l’ai fait remarquer à la personne que j’avais en face de moi, elle m’a répondu : « Mais tu vis de ta passion ». C’est quelque chose que j’ai entendu très souvent depuis. C’est beau d’écrire, vous n’allez pas salir ce rêve en parlant rémunération ! Récemment, une femme qui accompagnait son enfant à l’une de mes séances de signatures m’a même dit avec beaucoup d’aplomb qu’écrivain « ce n’est pas un métier, c’est une activité. »

L’idée de l’écriture-passion détachée du monde réel est apprise très tôt. Tous les auteurs et autrices qui rencontrent des classes ont répondu des dizaines de fois (toujours formulé de la même manière, à se demander si la question ne circule pas sous le manteau, transmise d’une génération à l’autre pour maintenir le statu quo) à « écrivain, c’est un métier ou une passion ? ».

La première fois, je n’ai pas su quoi répondre. Ensuite, la question a commencé à m’agacer et j’ai fini par voir dans la distinction « métier (argent, revendications sociales, stabilité)/passion » la racine du mal qui nous hante.
Pour commencer, elle présuppose que le seul métier qui mérite salaire est celui qu’on déteste faire.

Et mon vétérinaire, alors?

Non, on ne mérite pas moins de vivre correctement parce qu’on fait ce qu’on a choisi. D’ailleurs, personne ne s’attend à ce que ce soit le cas lorsqu’on sort de la sphère de la création artistique. La jeune femme qui m’a pour la première fois dit que je vivais de ma « passion » est médecin. Je l’ai connue à onze ans et elle rêvait alors déjà de faire médecine. Elle vit effectivement de sa passion. Néanmoins, je suis prête à parier que pas une fois on ne lui a dit qu’elle devrait accepter d’être moins payée ou de donner des consultations gratuites pour cette raison.

Mon vétérinaire adore les chats. Ça ne l’empêche pas d’encaisser cinquante euros pour les vacciner et ça ne dérange personne.

Et si on suit cette logique, est-ce qu’il devrait y avoir une gradation des tarifs en fonction du plaisir que nous provoque notre activité ? Est-ce qu’un vétérinaire devrait se faire payer très cher pour traiter votre vieux chat qui pue et vous donner de l’argent pour la première consultation de votre adorable chaton ?

Bien sûr, ce serait ridicule. Personne n’oserait prôner ce genre de système. Sauf, quand ça concerne des auteurs. Là, l’argument « passion » justifie tout et beaucoup d’entre nous acceptent d’être mal payés pour travailler sur un projet « intéressant ».

Pourtant, les auteurs mangent aussi. Ils payent leur loyer et ont les mêmes obligations que le reste du monde. Par-dessus tout : les auteurs travaillent.

L’affirmation « tu as une passion donc tu peux bien crever de faim sans te plaindre » est fondée en grande partie sur l’idée très fausse qu’on se fait de notre quotidien. On invente des journées à la Richard Castle à des auteurs un peu enfants qui passeraient leur temps à s’amuser avant d’écrire quelques heures sur leur ordinateur ultra-perfectionné, un cocktail à la main. Des après-midi passés dans des cafés à Montmartre à griffonner sur un petit carnet, à la limite. Éventuellement de longues marches sur la plage à la recherche de l’inspiration.

La passion contre la rémunération

Le mythe a longtemps été entretenu, comme une sorte de compensation à notre misère financière : susciter l’envie pour cacher la tristesse de nos trente centimes par exemplaire. Mais ça n’est pas ma réalité ni celle d’aucun de mes amis auteurs et autrices professionnels. J’estime passer moins de cinquante pour cent de mon temps professionnel (c’est-à-dire de mon temps en général : je ne prends ni week-ends, ni jours fériés ni vacances, j’ai beaucoup trop de travail) à courir l’inspiration et en modestes envolées lyriques. [NdA : Ecrites chez moi devant un ordinateur, hein… le café c’est trop cher, ne parlons pas d’habiter près de Montmartre.]

La vérité c’est qu’un auteur passe autant de temps que n’importe qui d’autre à faire des trucs chiants.

Mes journées consistent à faire des recherches pour mettre en place des projets ; à les vendre ; à suivre l’actualité littéraire pour anticiper les tendances et les manques ; à corriger, un pied dans lexilogos et l’autre dans des forums où on s’interroge sur les tirets et l’emploi du subjonctif ; à répondre à des mails (d’éditeurs, de libraires, de salons du livre, de lecteurs, de blogueurs, de services marketing, d’enseignants dont je vais rencontrer la classe…) ; à émettre des factures ; à relancer pour qu’on me les paye (une fois, deux fois, trois fois…) ; à expliquer le fonctionnement de l’URSSAF à des comptables perdus ; à chercher des horaires de billets de train pour aller en salons du livre ou en rencontres ; à m’ingénier à faire tout rentrer dans mes journées de 24 h (les livres à écrire pour dans six semaines, les corrections à faire pour avant-hier, les déplacements aux quatre coins de la francophonie pour aider la vente des livres…) [NdA : À noter que j’écris ce texte dans un train. Je ne suis pas rentrée chez moi depuis 15 jours, durant lesquels j’ai fait 7 destinations différentes.] ; à négocier des contrats ; à essayer de comprendre le marasme juridique et fiscal dans lequel notre belle profession est embourbée…

J’en oublie, c’est certain.

Auteur, c’est un vrai métier. Un vrai de vrai. Juré craché. Il y a les moments chouettes et les moments qui craignent comme dans toutes les professions. Les inquiétudes, les tâches rébarbatives, les délais trop courts, les moments de grâce, les rencontres fabuleuses, le bonheur d’être lu. Il n’est pas normal que nous passions autant de temps à nous battre pour qu’on nous accorde comme une faveur un pourcentage souvent très faible sur les ventes de nos ouvrages.

“J’adore mon métier. Mais parfois, il me fatigue”

Qu’il faille recommencer le combat sur chaque titre, inlassablement, pour être payé correctement. Je publie depuis onze ans. J’ai une quarantaine de romans et de BDs à mon actif. J’ai dû négocier le pourcentage de la majorité d’entre eux. J’ai parfois obtenu ce que je voulais. Souvent moins. Parfois, rien du tout (et je suis partie placer mon texte ailleurs, après avoir perdu des mois en discussions stériles).

J’adore mon métier. Mais parfois, il me fatigue. Nous avons besoin que nos rémunérations soient encadrées et qu’un minimum soit fixé. Un minimum juste que nous n’aurons pas besoin de négocier. Je pense que les relations entre auteurs et éditeurs ne s’en porteront que mieux. Nos interlocuteurs lors de ces interminables batailles financières sont rarement décisionnaires et beaucoup les détestent autant que nous.

Par ailleurs, réclamer 10 % de droits sur les ventes des livres pour le ou les auteurs n’a rien d’utopique : un certain nombre de maisons d’édition reconnues pratiquent déjà ce pourcentage et travaillent avec leurs auteurs dans une atmosphère de respect mutuel et d’appréciation.

Alors, ne serait-il pas temps de considérer l’auteur comme un véritable professionnel et de fixer une rémunération minimum légale pour son travail ? »

Découvrir l’article ici : https://www.actualitte.com/article/tribunes/la-passion-de-l-auteur-ou-pourquoi-tout-travail-merite-10-meme-si-on-l-aime/95152

L’art de la fiction, notes pratiques à l’intention des jeunes écrivains

L’art de la fiction, notes pratiques à l’intention des jeunes écrivains

« Toujours non traduit à l’heure actuelle (si un éditeur passe par ici, sait-on jamais), l’essai de l’écrivain et universitaire américain John Gardner (1933-1982) délivre avec précision et pédagogie sa fine connaissance des techniques d’écriture de fiction qu’il a enseignées pendant de longues années lors de ses cours de creative writing, à Raymond Carver notamment, dont il a été l’un des maîtres.

Quand faire commencer un roman ? Quelle longueur accorder à la partie d’exposition (suivant la division aristotélicienne début – milieu – dénouement) ? Quelles informations doit-on y distiller ? Quand introduire ses climax ? Comment équilibrer ses parties ?… Autrement dit : « Existe-t-il des principes artistiques généraux à respecter si l’on veut écrire une œuvre de fiction ? » demande tout anxieux le jeune apprenti écrivain, qui rêve d’écrire enfin sa tétralogie d’Heroïc Fantasy mettant en scène des batailles épiques entre orques et elfes dans un monde fictif entièrement cartographié de sa main au crayon de papier sur ses quatre feuilles de Canson méticuleusement scotchées entre elles.

Pas de panique, jeune apprenti : John Gardner est là pour tout t’expliquer. Pour Gardner comme pour beaucoup d’anglo-saxons, la réponse est « oui » (rappel : la question était : existe-t-il des principes généraux etc.), en précisant néanmoins que ces principes se situent à un tel degré d’abstraction qu’ils n’offrent que peu d’aide au jeune écrivain. Ces principes ne sont d’ailleurs pas absolus mais relatifs, puisque chaque règle qui s’instaure est aussitôt dépassée par une nouvelle invention, ce qui donne au genre romanesque sa plasticité ayant conduit à son hégémonie sur les autres genres.

Et s’il existe des règles et des formules pour la littérature ordinaire, facilement publiable, il n’en existe pas pour la fiction de qualité. Par ailleurs, quand bien même existerait-il des règles définies pour la fiction de qualité, l’écrivain talentueux n’est pas celui qui s’y conformerait strictement, mais celui qui ferait confiance à sa sensibilité, son instinct et son goût.

Pour autant, comme pour toute discipline créative, il existe un certain nombre de fondamentaux, de bases à connaître pour arriver à la maîtrise de son art. Ce sont ces fondamentaux que Gardner se propose d’explorer. En effet, il est rare de trouver des écrivains qui n’aient pas fait l’apprentissage de l’écriture de fiction. Jack London est sans doute le meilleur exemple de l’autodidacte complet. Mais même Hemingway, qui réprouvait l’apprentissage universitaire (« Just go away and write », conseillait-il) a tout de même bénéficié du regard avisé de Sherwood Anderson et de Gertrude Stein.

Une chose est sûre : aucun de ces grands écrivains ne s’est assis derrière son bureau pour « s’exprimer ». Ils ont cherché à raconter telle histoire ou telle autre, ou pour mélanger telle forme avec telle autre, produisant un nouvel effet. L’expression personnelle, quel que soit le plaisir qu’on puisse en tirer, vient presque accidentellement, de façon inévitable, par surcroît.

Les règles élémentaires de l’écriture de fiction

« Comment apprendre à bien écrire ? En étudiant la littérature à la fac, pardi ! » se dit le jeune apprenti écrivain anxieux et désormais naïf. Naïf car pour Gardner, plutôt que de suivre des études qui ne sont pas faites pour améliorer son écriture, le plus important est tout simplement la pratique, qui se compose de deux impératifs simples : « lire largement et écrire continuellement ». C’est ce qui différencie l’écrivain professionnel de l’occasionnel : pour le premier, la technique et la pratique deviennent une seconde nature, comme pour un pianiste (d’ailleurs, pour en arriver là, Gardner donne en fin de livre toute une série d’exercices pratiques d’écriture pour permettre au jeune écrivain de faire ses gammes).

Au-delà de ces deux impératifs, Gardner énumère trois règles élémentaires à suivre : n’essaye pas d’écrire avant de maîtriser les fondamentaux, n’écris pas seulement sur « ce que tu sais », mais choisis un genre ; crée une sorte de « rêve fictionnel » dans l’esprit du lecteur et évite comme la peste tout ce qui pourrait l’en sortir et l’en distraire. Revenons plus en détail sur chacun de ces points.

1/ Maîtriser les fondamentaux

Selon Gardner, un lecteur d’aujourd’hui lit un livre avant tout pour y découvrir, pour le dire dans sa forme la plus simplifiée, un personnage en mouvement. L’intrigue se situe alors « dans l’actualisation du potentiel qui existe dans un personnage ou une situation » (Aristote). Partant de là, Gardner place le triptyque « personnage, intrigue, action » (dans cet ordre) au centre de l’écriture romanesque, avant le style (question qu’il développe plus loin). Il ne rejette pas pour autant ce qu’il appelle la « métafiction » (ou unconventional fiction), seulement, dans la métafiction, le discours prévaut sur l’action (exemple : le Nouveau roman). En cela, Gardner explore avant tout la mécanique de la fiction conventionnelle.

Gardner présente dans une liste non exhaustive les fautes courantes qui constituent selon lui les marques d’une écriture maladroite : sur-utilisation de la voix passive, phrases introductives comprenant systématiquement un infinitif au début, variation brutale ou inappropriée du registre de langue, manque de variété des phrases (longueur, sujet-verbe-complément), rythme des phrases (métrique, accentuation), rime accidentelle, explications superflues alors que l’action suffit (il ne faut pas céder à la tentation d’expliquer), et confusion focale (par exemple un personnage perçoit ce qu’il n’est pas censé pouvoir percevoir, à cause d’une intrusion inopinée du narrateur).

Ce que Gardner souligne en définitive est une des règles fondamentales bien connue des cours de creative writing : « Show, don’t tell », ce qu’on peut traduire par : « Il faut montrer, non démontrer. » Gardner estime que toute information peut (doit) être transformée en action ou dialogue. En résumé, jeune apprenti, plutôt que d’expliquer que Bhaldùr est un vieil orque aigri parce qu’il souffre d’une sciatique, il vaut mieux montrer Bhaldùr donnant un coup de pied au chat qui dort sur son passage, puis se mettre à engueuler quelqu’un pour une broutille avant d’aller se plaindre à Gùndahl-le-vertueux que sa sciatique le fait toujours souffrir. De cette façon le lecteur a plus de chances de rester immergé dans le « rêve fictionnel ».

Gardner énumère ensuite rapidement trois fautes grossières (mais mineures) qu’on trouverait trop souvent dans la mauvaise littérature :

– 1/ poser les actions d’un événement dans le désordre (exemple donné : « Tournant, dribblant près du sol pour se mettre en position de tir, il se retrouva bientôt étalé par terre, du fait qu’une cheerleader surexcitée s’était mise sur son chemin. » Les faits sont donnés dans le désordre. D’abord la cheerleader doit se mettre sur le chemin, ensuite il y a le choc, puis le joueur se retrouve par terre, cela permet au lecteur de faciliter la visualisation de la scène dans son esprit.)
– 2/ insertion de détails bêtement exécutée (qui donne de nombreux clichés littéraires, par exemple le personnage qui s’aperçoit dans un miroir, ce qui donne l’opportunité bienvenue d’en faire la description physique, ou pire : il se voit dans le cadran d’une horloge pour symboliser le poids des années qui marque son visage).
– 3/ et certaines bizarreries dans l’imitation de difficultés de prononciation et d’énonciation des personnages (hum, ugh, d-d-d-d-don’t) dont l’objectif est d’ajouter une touche de vérité mais qui, utilisées excessivement, sonnent souvent faux.

Mais ces fautes-là, qui relèvent de la maladresse, ne sont rien comparées aux trois fautes majeures suivantes, que Gardner qualifie carrément de « fautes de l’âme » :

– 1/ la sentimentalité, qu’il différencie des sentiments et de l’émotion en la définissant comme une tentative d’obtenir un effet sans fournir les causes appropriées. Exemple : faire mourir un chaton juste parce que tout le monde trouve ça triste, sans fournir les causes profondes de cet événement. Dans une bonne fiction, le lecteur doit être ému par les personnages et les événements, non par l’émotion falsifiée de celui qui nous raconte l’histoire et qui insiste pour que nous soyons émus ensemble.
– 2/ la frigidité, qui consiste à un manque de sérieux et de profondeur dans le traitement d’un matériau qui lui, est profond et sérieux. C’est aussi la façon que l’auteur a de s’intéresser plus à lui-même qu’à ses personnages. Or l’auteur se doit d’entrer profondément dans les émotions de ses personnages pour les comprendre, autant qu’il doit le faire pour des personnes réelles. Pour résumer, il s’agit d’un manque de sensibilité et d’attention au sujet traité. Pour Gardner, la frigidité est l’une des pires fautes possibles en littérature, car souvent à la base d’autres fautes. C’est la frigidité qui fait que l’auteur se concentre davantage sur la forme que sur le fond, c’est aussi ce qui le conduit à la sentimentalité (fausses émotions).
– 3/ le maniérisme, qui provoque une sortie du « rêve fictionnel » par des tics de style, par une intrusion intempestive de l’auteur par son style, lorsque l’auteur veut absolument nous montrer comme il est différent des autres, comme il manie la langue avec brio. Quand l’écrivain frigide manque de sentiments puissants, quand l’écrivain sentimental met du sentiment là où il ne faut pas, l’écrivain maniéré s’intéresse davantage à sa propre personnalité – et son ego – que celle de ses personnages.

Pour éviter toute tentation de maniérisme stylistique dont l’écrivain débutant est toujours la proie, on peut se souvenir ici d’une citation de David Hare : « Style is the art of getting yourself out of the way, not putting yourself in it. » (Le style, c’est l’art pour l’écrivain de savoir dégager le passage, pas de se mettre en plein milieu).

Voici pour les premières erreurs, petites et grandes, à éviter. Mais alors, comment atteindre la fameuse « maîtrise » ? Pour cela, il faut procéder par étapes, être régulier et rigoureux. Gardner conseille de commencer par plancher sur de petites unités. Écrire des nouvelles est déjà trop long, et le résultat sent trop souvent l’amateurisme. Il s’agit plutôt de s’exercer dans un premier temps à écrire un bon dialogue entre deux personnages, travailler les descriptions selon différentes contraintes, etc. Travailler successivement sur des petites unités aide peu à peu l’écrivain débutant à prendre confiance dans son écriture, car il n’a pour l’instant pas à se préoccuper du message qu’il veut faire passer, ni de la construction d’une intrigue trop complexe qui va souvent lui échapper. De cette façon, l’écrivain débutant prend aussi conscience qu’un roman se compose d’une succession d’unités plus ou moins longues. Unité description, suivie d’une unité dialogue, suivie d’une unité action, etc. En décomposant la structure de la fiction, il est plus facile ensuite de les articuler de façon cohérente. Ce n’est qu’un fois ces exercices bien intégrés qu’il peut se lancer dans l’écriture de nouvelles, puis d’œuvres de fiction plus longues sans avoir peur de s’y perdre.

En imaginant que le jeune écrivain maîtrise désormais les fondamentaux (grammaire et syntaxe, variation des phrases, structure des paragraphes, faire la différence entre émotion et sentimentalité, étudier la construction du personnage, discerner bonne et mauvaise action dramatique, etc., car c’est bien l’étude de la technique qui mène l’écrivain à la maîtrise littéraire – non pas les excursions en canoë ou les périples solitaires au fond des bois, pour répondre à ceux qui conseillent aux jeunes écrivains de vivre des expériences plutôt que de s’exercer à bien écrire), une question qui revient souvent est : de quoi doit-on parler ? On en vient donc à étudier la deuxième règle élémentaire de l’écriture de fiction.

2/ Choisir un genre plutôt qu’un sujet

Gardner répond que le premier sujet de la fiction est, et a toujours été, l’émotion humaine, les valeurs et les convictions / croyances (beliefs). Il évoque un vieil adage de professeur consistant également à dire : « Écris à propos de ce que tu connais ». Or, selon Gardner, rien ne peut limiter davantage l’imagination.

Une meilleure réponse, bien que toujours imparfaite, pourrait être : « Écris le genre d’histoire que tu connais et aime le plus – histoire de fantôme, science-fiction, histoire réaliste sur ton enfance, peu importe. » Gardner affirme que l’unité de pensée primitive, la base consciente ou inconsciente à partir de laquelle l’artiste organise et sélectionne les détails de son travail, est le genre. C’est évident en musique. On peut se tenir à un genre strictement, ou croiser les genres, etc., en gardant à l’esprit que le croisement des genres se trouve derrière la plupart des chefs-d’œuvres littéraires de la tradition anglo-saxonne, toujours selon Gardner.

Cela dit, connaître son sujet en profondeur est primordial, autant que l’acuité du regard que l’écrivain porte sur le monde, qualités indispensables à toute œuvre de fiction de qualité. Gardner s’appuie sur l’exemple de Steinbeck en se demandant pourquoi l’écrivain américain a « raté » Les Raisins de la colère. D’après lui, le livre aurait dû faire partie du panthéon littéraire américain. Mais alors que Steinbeck savait tout ce qu’il y avait à savoir sur les « Okies » et les peines qu’ils connurent lors de leur voyage en Californie pour trouver du travail, il ne connaissait rien aux ranchers californiens qui les employaient et les exploitaient, il ne s’est pas intéressé aux raisons qui les poussaient à agir comme ils le firent, et, selon l’avis de Gardner, le roman donne finalement un « mélodrame agaçant dans lequel la complexité du Bien s’oppose à un Mal pas crédible et caricatural ».

Après avoir révisé ses fondamentaux et choisis un genre dans lequel écrire son histoire, le jeune apprenti écrivain devra impérativement maîtriser la troisième règle élémentaire de l’écriture fictionnelle, l’une des plus importantes.

3/ Créer un « rêve fictionnel »

L’un des principes que John Gardner juge essentiel pour considérer une œuvre de fiction réussie est ce qu’il appelle, selon une formule de R.L. Stevenson, la « fiction en tant que rêve » (fiction as dream) qu’on appellera ici « rêve fictionnel ». Gardner estime que l’une des tâches premières de l’écrivain est de créer une sorte de rêve dans l’esprit du lecteur qui ne soit jamais interrompu. La moindre interruption de ce rêve, par un excès de style, par une syntaxe non maîtrisée ou par un manque de précision visuelle dans la description d’une scène, sont les erreurs à ne jamais commettre.

Dans une grande œuvre de fiction, le rêve nous engage corps et âme, car nous nous confrontons à des problèmes fictifs comme s’ils étaient vrais : nous sympathisons, pensons, et jugeons. Si l’effet du rêve se doit donc d’être puissant, le rêve doit être saisissant et continu (« vivid and continuous ») – saisissant parce que si les choses ne sont pas claires dans notre esprit à propos de ce dont nous rêvons (qui et où sont les personnages, ce qu’ils font ou essaient de faire et pourquoi) nos émotions et notre jugement s’en trouveront désorientés, dissipés, ou bloqués ; et continu parce que le cours de l’action interrompu sans cesse aura nécessairement moins de force qu’une action conduite de façon fluide du début jusqu’à sa conclusion.

Pour Gardner, il faut faire en sorte que le rêve se déroule comme les images d’un film dans l’esprit du lecteur. L’auteur distrait le lecteur – met pause dans le film – quand, par un glissement technique ou par une « intrusion égoïste » dans le récit, il permet (ou force) le lecteur de s’arrêter de penser à l’histoire (il arrête de voir l’histoire) pour penser à quelque chose d’autre. Évidemment, certains auteurs jouent avec cet impératif, et font en sorte de ne pas laisser le lecteur entrer dans le rêve, mais il s’agit plutôt dans ce cas, selon Gardner, de métafiction.

La première et plus importante erreur de son point de vue est donc l’interruption du « rêve fictionnel ». Gardner juge que dès que le lecteur se met à penser à l’auteur ou au texte au lieu de l’histoire, le rêve est rompu, et c’est une faute. Il compare cette faute à un dramaturge qui interromprait sa pièce en plein milieu de la représentation pour rappeler au spectateur que c’est bien lui qui a écrit tout ça.

Pour cela, l’auteur doit utiliser une syntaxe claire et précise afin d’éviter au lecteur d’avoir à décoder les phrases. Ainsi, même si l’écriture passe toujours par une phase d’imitation, le meilleur moyen pour un écrivain amateur de faire fausse route, serait de chercher à imiter le style compliqué et sophistiqué du grand écrivain qu’il admire. Or le jeune écrivain devrait plutôt se concentrer dans un premier temps sur la continuité du « rêve fictionnel », exercice suffisamment périlleux en soi pour ne pas y ajouter la contrainte du style.

Mentir en disant la vérité, et inversement

Gardner s’interroge ensuite sur la relation entre vérité et fiction. L’œuvre de fiction doit-elle dire la vérité ? Quel genre de vérité la littérature nous révèle-t-elle ? La question est depuis toujours liée à la création romanesque. Quelle que soit la nature d’un texte, l’objectif de l’écrivain est de faire croire que l’histoire qu’il raconte est vraie, ou vraisemblable, en s’appuyant sur la célèbre formule de Coleridge qui définit le pacte auteur / lecteur autour de la « suspension momentanée et volontaire de l’incrédulité, qui constitue la foi poétique ». Pour parvenir à obtenir cet effet, l’auteur doit s’investir avec sérieux dans la précision du détail.

Car contrairement à l’auteur de contes qui, lui, profite naturellement de la « suspension de l’incrédulité » (la formule « Il était une fois » précise d’emblée au lecteur la nature fictive du récit qu’il découvre), le réaliste – au sens large – doit faire croire à la vérité. Quand le travail d’un écrivain « réaliste » est convaincant, tous les effets, même les plus subtils, ont des causes implicites et explicites. Par ailleurs les détails (ou preuves) authentifiant l’histoire à chaque étape du roman ne sont pas seulement l’élément central de la fiction réaliste, mais de toute fiction.

Le travail d’un écrivain réaliste ne peut se contenter du nom exact des rues et des boutiques ou des description des gens du voisinage, il doit nous présenter, moment par moment, des images concrètes tirées de son observation du comportement des gens, et il doit rendre compte des connections entre ces moments, les gestes exacts, les expressions faciales, ou les tournures de phrases qui, dans une scène, font aller les êtres humains d’une émotion à une autre, d’un instant précis au suivant. L’auteur doit continuellement présenter des « preuves » au lecteur, sous la forme de détails précis, confirmant la véracité prétendue des événements qu’il raconte.

Bien sûr, il faut garder à l’esprit la différence entre histoire vraie et vraisemblable. Le fait que l’histoire soit vraie ne déleste pas le romancier de la responsabilité de créer des personnages et des événements convaincants. En tant que lecteur, nous nous demandons sans arrêt : « Une mère dirait-elle vraiment cela ? » ou « Un enfant penserait-il vraiment de cette façon ? » et le romancier peut considérer avoir réussi son travail si nous répondons inévitablement « Oui » à ces questions. Si l’auteur a mal fait son travail, le lecteur n’est pas convaincu, quand bien même l’auteur lui présenterait des événements dont il a été réellement le témoin dans sa vie.

L’art subtil de la description fonctionne selon le même principe. Gardner estime qu’une bonne description ne peut se borner à indiquer au lecteur où l’action se déroule, dans quel cadre et quelle atmosphère, s’il fait beau, s’il pleut, etc. Une bonne description doit aller plus loin : elle constitue un moyen de descendre loin dans l’inconscient de l’écrivain, pour y trouver des indices à propos des questions que sa fiction doit poser, et, avec un peu de chance, le guider vers les réponses. Il ne s’agit pas simplement de décrire une ferme, il faut évoquer une ferme décrite par quelqu’un avec une humeur particulière, des sentiments particuliers, intriqués dans une façon de voir le monde à ce moment donné. Pour cela, il doit user de la force symbolique des images qu’il utilise dans sa description. Il lui faut découvrir le signifiant des choses et les communiquer, ce qui pour l’écrivain constitue un seul et même acte.

Les sept éléments de la maîtrise littéraire

Après une plongée dans les différentes formes de technique d’un point de vue théorique, Gardner énumère les éléments auxquels doit se confronter l’écrivain débutant pour atteindre enfin la maîtrise littéraire. Il en sélectionne sept, que nous simplifions ici à l’extrême :

1/ L’imitation : il y a deux façons de procéder par imitation pour améliorer sa technique ; soit utiliser une forme ancienne et non familière pour présenter et analyser un sujet moderne, soit se lancer dans l’imitation ligne par ligne d’un texte existant, pour comprendre de l’intérieur les subtilités et les mécanismes du style d’un grand auteur.

2/ Le vocabulaire : en avoir trop n’est pas forcément un avantage, car une utilisation mal maîtrisée peut mener à la pédanterie. À ce propos, Hemingway, connu pour son style épuré, disait : « Bien sûr que je connais moi aussi de grands mots, mais je m’efforce par tous les diables de ne pas les utiliser. »

3/ La phrase : leur longueur, leur texture, leur rythme déterminent le sentiment, l’émotion que l’auteur veut véhiculer. Une phrase courte ne provoque pas le même effet qu’une phrase longue.

4/ Le rythme poétique : Gardner se lance dans une longue et instructive démonstration sur la métrique et l’accentuation des phrases dans un texte en prose, avec de nombreux exemples.

5/ Le point de vue : il développe ensuite un argumentaire sur les avantages, inconvénients et dangers de l’utilisation de la 1ère personne, de la 3ème personne subjective, de la 3ème personne objective…

6/ Le délai : comment créer du suspense, tout en gardant à l’esprit le danger de sortir le lecteur du « rêve fictionnel » ou de le manipuler avec trop d’insistance, ce que le lecteur n’apprécie pas.

7/ Le style : il évoque le danger de la volonté du débutant de vouloir trouver sa propre voix à tout prix. Toutefois, il y aura toujours des auteurs qui persisteront avec insistance à vouloir créer un style nouveau ; dans ce cas, Gardner leur dit : Allez-y (Go for it).

Construire une intrigue

Gardner se penche enfin sur le problème de l »intrigue. En s’appuyant sur de nombreux exemples, il explore les risques, les pièges, les facilités, avantages et inconvénients de chaque méthode de construction d’intrigue. Selon lui, il existe trois façons différentes de dérouler une intrigue (dans son acception moderne) : en partant de l’emprunt d’une histoire traditionnelle ou d’une anecdote tirée de la vie, en travaillant à rebours de son climax, ou en travaillant à partir d’une situation initiale.

Dans tous les cas, le climax doit être à la fois inévitable et surprenant (pour être à la fois persuasif et intéressant). Prenons l’exemple d’une histoire typique de conflit entre deux personnages, disons un orque et un elfe. La valeur du récit dépendra de la capacité de l’auteur à créer deux personnages puissamment convaincants lancés dans un conflit irréconciliable, que chacun des deux présente des aspects dignes de notre sympathie, en d’autres termes que chacun suive des valeurs réelles mais mutuellement exclusives. Pour que le climax soit persuasif, on doit nous montrer dramatiquement pourquoi chaque personnage croit ce qu’il croit, et pourquoi l’elfe ne peut en aucun cas se réconcilier avec les valeurs que défend l’orque, son antagoniste. Et de la même façon, nous devons comprendre pourquoi les deux personnages en conflit ne peuvent simplement s’éviter, nous devons comprendre ce qui les mène l’un à l’autre et rend la guerre entre l’Orquanie et l’Elfédie inévitable. Les personnages, en conflit avec la situation même, doivent être forcés d’agir par les événements.

Dans le cas des romans « architectoniques » où plusieurs lignes d’intrigues s’entremêlent, chacune centrée sur un personnage fort ou un groupe de personnages (par exemple Anna Karenine), chaque ligne doit être philosophiquement en liaison avec les autres (ici la vie de Levine et celle d’Anna, l’un se dirigeant vers son salut, l’autre vers la damnation). Car le dénouement d’un roman n’en marque pas seulement la fin, il en marque l’accomplissement. Ici, enfin, le lecteur comprend tout, émotionnellement sinon intellectuellement, et tout pour lui devient symbolique. Or ceci est, bien entendu, un effet qui n’est pas prévisible par l’auteur dans la confection du roman. Et ceci ne peut être enseigné.

Mais en ayant déjà accompli tout ceci, l’écrivain débutant n’a franchi que la première étape de toute fiction se voulant sérieuse. Le plus important reste à faire s’il veut atteindre le niveau d’une grande œuvre. « Mine deeper », disait Melville, creuse plus profond, c’est-à-dire qu’il faut aller chercher le sens fondamental des événements, en organisant une imitation de la réalité, elle-même articulée autour d’une question ou d’un thème suggéré par le problème du personnage. Car le roman doit accepter sa corrélation naturelle avec les questions métaphysiques, rejoignant ici l’avis de George Steiner pour qui chaque grande œuvre d’art pose forcément la question de l’existence ou de la non existence de Dieu. Cela ne signifie pas que tout grand roman se doit de poser cette question-là à un moment ou à un autre, comme un passage obligé, mais que d’une certaine façon, le roman doit se hisser au-delà de lui-même, soulevant des questions qui le dépassent.

Surtout, la fiction ne doit pas se contenter de nous distraire de nos problèmes ou de nous amuser, elle ne se contente pas d’élargir nos connaissances sur les gens et les endroits du monde, mais elle doit nous aider à comprendre, ou à remettre en cause, ce que nous croyons, elle renforce nos qualités les plus nobles, et nous conduit à nous sentir perplexes par rapport à nos fautes et nos limites.

Il y aurait beaucoup à discuter sur la conception que se fait John Gardner de l’écriture de fiction, et plus largement sur les cours de creative writing tels qu’ils sont enseignés de plus en plus, notamment en France où la discipline fait doucement son entrée à l’Université. Mais il est malheureusement impossible ici de restituer les nombreuses nuances qu’apporte l’auteur aux principes que nous retranscrivons ici. Mais qu’on le rejoigne ou pas, tout auteur, apprenti comme confirmé, trouvera matière à réflexion sur sa pratique (censée être) quotidienne de l’écriture. Et dans tous les cas, c’est un livre qui mérite largement de connaître une traduction française. »

Maxime Desgranges

John Gardner – The art of fiction – Vintage Books – 1983 – 224 p.

Article : https://www.actualitte.com/article/livres/l-art-de-la-fiction-notes-pratiques-a-l-intention-des-jeunes-ecrivains/94745

Figures de l’édition, La Compagnie des auteurs, France Culture

Figures de l’édition, La Compagnie des auteurs, France Culture

« Quel avenir pour le livre, au regard des bouleversements que connaît aujourd’hui le monde de l’édition ? Comment la pratique a-t-elle évolué ? La situation s’est-elle dégradée aujourd’hui ? Pour réfléchir à ces questions, nous sommes avec Olivier Bessard-Banquy, qui nous parle des grands moments de l’histoire éditoriale du XXe siècle et de l’avenir de l’objet-livre. Il est professeur des universités, en charge des enseignements d’édition et d’histoire de l’imprimé au sein du Pôle des métiers du livre de l’Université de Bordeaux-Montaigne.

Quelques repères chronologiques des grands moments de l’histoire du livre et de l’édition depuis les années 1970 :

1975 : Mort de Gaston Gallimard. Première de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, qui, plus qu’une audience, aura une influence sur les ventes de livres. Émergence de la grande distribution.

1981 : la loi sur le prix unique du livre est adoptée à l’Assemblée.

1989 : Christian Bourgois est victime d’une fatwa pour avoir pulié les Vers sataniques de Salman Rushdie.

De nouveaux enjeux éditoriaux apparaissent à partir des années 1970, avec l’émergence de la grande distribution, l’attention portée au marketing et aux attentes du lecteurs. Le livre devient un produit de consommation de masse, proposé par des éditeurs qui sont devenus « de véritables producteurs d’oeuvres » plus que de simples passeurs. Ces années sont également marquées par quelques grandes batailles littéraires (par exemple, autour de la création en 1977 de P.O.L. chez Hachette, qui parie sur La vie mode d’emploi de Perec).

Aujourd’hui se pose la question de la qualité des livres proposés, alors que paraissent en France près de 300 nouveaux titres par jour. Mais la France aurait-elle perdu ses lecteurs ? Quel équilibre trouver entre les grands groupes et les petites maisons, quel canal de distribution proposer à l’heure où les librairies ferment, mais ne désemplissent pas pour autant ? »

Plus d’infos ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/figures-de-ledition-44-histoire-et-avenir-de-ledition